
Comme Dontmiss.fr l’a rapporté cette semaine, le tribunal de Grande instance de Paris a condamné il y a quelques jours Patrick Poivre d’Arvor à verser 33.000 euros à Agathe Borne, son ex-compagne – Ici lors d’une apparition publique au festival de Cannes- pour avoir porté atteinte à sa vie privée et à ses droits d’auteur en publiant en 2009 son ouvrage intitulé « Fragments d’une femme perdue ».
Il avait eu une liaison avec cette femme de 2006 à 2008, et il s’était inspiré de leur histoire dans un livre dévoilant des détails très intimes, notamment des lettres d’amour.
Le livre était sorti en chez Grasset. Il avait pour titre « Fragments d’une femme perdue ». Et il s’était vendu à 75 000 exemplaires.
PPDA avait fait savoir sur son site officiel qu’il faisait appel.
Voici ce qu’on peut lire :
» Je n’ai jamais parlé de ma vie privée et ce n’est pas aujourd’hui, pas sur mon site, que je vais commencer. La vie sentimentale des uns et des autres est suffisamment complexe à résumer et, parler de ses amours, c’est aussi s’exposer à parler de ses désamours.
Hélas, d’autres l’ont fait pour moi, avec une régularité de métronome, le plus souvent dans la presse à scandales. Femmes quittées, maris jaloux, on s’expose au pire quand on est sous la lumière des projecteurs. Ainsi va l’époque et ses dérives voyeuristes. Aujourd’hui c’est devant les tribunaux qu’on m’a cherché querelle, oubliant que la littérature est au dessus de tout, bien heureusement, et qu’il ne faut pas perdre son temps à chercher dans les livres des clés qui n’en sont pas. Toute œuvre de fiction remue des tranches de vie, des observations d’entomologiste et, au-delà de ça, un fort concentré d’imagination, et parfois de fantasmagorie.
Ce fut le cas pour mon dernier roman, « Fragments d’une femme perdue », publié il y a plus de deux ans. Avec beaucoup de retard, et un opportunisme de circonstance, une femme qui l’avait lu bien avant sa publication et avait dit beaucoup l’aimer, s’est réveillée pour dire qu’elle croyait se retrouver en l’héroïne. J’eus l’impression de marcher sur les traces de Joseph Kessel et de sa troublante Belle de jour. « Des centaines de femmes m’avaient dit lors de sa sortie : Mais comment m’avez-vous aussi bien dépeinte ? » Il riait en racontant cette anecdote…
Autres temps, autres mœurs. Aujourd’hui on ne rit plus du tout de ces choses là. Et on n’hésite pas à tordre le cou à la vérité. Or la vérité, c’est que ce roman est choral : il y a plusieurs narrateurs dans ce livre gigogne. Chacun croit raconter sa vérité, l’héroïne comme les autres. Il se trouve que le héros se suicide à la fin et que si je devais être ce héros là, je serais bien en peine de signer ces lignes !
On a bien compris que l’intérêt de la plaignante était d’abord et avant tout financier et que, de ce point de vue, le tribunal ne lui a accordé que le sixième de ce qu’elle réclamait. Ce qui ne m’empêchera pas de demander à mon avocat, Francis Teitgen, d’interjeter appel. Parce qu’au-delà de ces considérations mercantiles déplaisantes, il y a aussi des questions de principe : la littérature ne peut-elle être faite que de bons sentiments ? Quelle place accorder au romanesque, au fantasme et à la fantaisie, sans bien sûr diffamer ?
Il est piquant d’observer qu’une femme qui disait ne pas vouloir être reconnue se mette à crier sur tous les toits : « C’est moi ! », avec l’espoir d’entrer ainsi en littérature dans la peau d’une héroïne. Mais n’est pas héroïne qui veut, surtout pas avec des SMS ou des brouillons de lettres d’amour.
Patrick Poivre d’Arvor
07/09/2011
Agathe Borne avait vite réagi une première fois en révélant au site BibliObs.com : « J’ai encore du mal à réaliser, c’est la rentrée de classe, je viens de déposer ma fille… Après la sortie du livre, on est partis avec mon mari et mes enfants refaire notre vie, j’avais besoin d’être loin de Paris. Patrick Poivre d’Arvor pensait que je n’oserais pas l’attaquer, que j’aurais peur. Beaucoup de gens m’avaient dissuadée d’aller au procès. (…) Dans ce livre, il m’a dépeint de façon ignoble, il m’a pillé des textes, des écrits. Je suis contente que la justice ait entendu mes arguments. (…) Je savais qu’avec le procès, on risquait d’étaler ma vie, mais pour moi, le mal était fait quand il a sorti son livre (…) J’avais déjà porté plainte pour harcèlement, car il me persécutait au téléphone, m’espionnait, me disait qu’il pouvait avoir les fiches RG de tel ou tel ami que je voyais. Il m’avait volé pas mal de carnets, de journaux intimes. Cela m’a fait un choc, quand j’en ai revu des passages entiers dans son livre. Comme les textos, les lettres… C’est pour cela que nous avons décidé avec mon avocate d’également l’assigner en contrefaçon. (…) Dès l’été, des amis m’avaient dit qu’il voulait se venger de notre rupture. Qu’il préparait un livre ignoble à mon encontre. Quand le livre est sorti, je suis allée à la FNAC l’acheter. J’ai même gardé le ticket… Et puis je l’ai lu. J’étais vraiment très mal, j’avais envie de vomir. Le pire, c’est que j’ai été obligée de le relire, crayon en main, car quand nous avons décidé de l’attaquer, mon avocate avait besoin que je lui montre tous les passages copiés. Quand enfin, nous avons rassemblé toutes les pièces, je suis sortie dehors, et j’ai mis le livre à la poubelle. (…) Cela montre en tout cas que les magistrats n’ont pas considéré le livre de PPDA comme un livre d’auteur… Mais bien pour ce qu’il est : une entreprise de vampirisation de ma vie, une simple vengeance personnelle. »Elle va encore plus loin cette semaine dans Paris Match :
« Son récit est fidèle à notre histoire pour les lieux, les dates les voyages. C’est comme s’il avait recopié son agenda, mais en y ajoutant des éléments d’ordre intime dans le seul objectif de m’humilier. […] Je me suis rendue compte que, depuis le début, il tenait des rapports quasiment au jour le jour pour pouvoir écrire notre histoire. Je me suis sentie manipulée. […] Ce livre n’est pas une fiction, c’est ma vie.
» En découvrant le livre, j’ai compris qu’il avait lu beaucoup des carnets où je jette mes pensées et en avait recopié le contenu »
- « Il savait très bien ce qu’il faisait, notamment en donnant des détails intimes. Patrick Poivre d’Arvor a voulu se venger, ce n’est pas une maladresse de sa part. […] Il y avait une volonté de me faire du mal «
- « Quand il dit qu’il parle d’une femme qui peut être toutes les femmes, il choisit pour illustrer son propos mon sosie, semblable à la femme avec qui il a vécu durant deux ans ! Il aurait pu prendre une blonde aux cheveux courts, une rousse ou même une réplique de Claire Chazal ! Ce n’est pas du hasard, c’est prémédité ! »
